19 février 2008
28. (years later)
Ce soir je pourrais m'évanouir dans un sourire. Ce ne serait pas un sourire d'excuse (pour ne pas partager les efforts des autres à tenir debout). Pas non plus un sourire pour contenir l'amour que j'abandonne. Pas un de ces sourires qui contiennent le monde. Juste un sourire de rien. Celui qui arrêtera de vouloir dire quelque chose. Celui qui n'sera pour personne au lieu d'être à tout le monde.
Rue des rosiers, les parpaings, et dessus, en noir, y est taggé "jazz".
Ses yeux noirs dans lesquels tout reste à s'accomplir. Sa bouche mangée de rires. Son corps arcqué d'une enfance bercée dans l'amour des grands. Elle a bientôt deux ans.
23:05 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : journal intime
14 février 2008
27. (le désert rouge)
Entre deux films j’aimais bien me promener parmi les livres, les images et les mots. Une petite librairie avait pris possession d’un recoin, collé aux baies vitrées qui donnent sur le jardin des plantes. Sur des tréteaux j’ouvrais les pages. Au hasard. Et puis je suis tombé amoureux d’un petit livre rouge, rouge comme le désert rouge, un livre sur Antonioni. Je disperse mon amour dans les êtres et les choses, c’est ainsi – il y a des qui vivent, et moi j’aime, et c’est peut-être, caché dedans, une sorte d’espoir informe de voir ce qui vit me prendre par la main pour m’emporter avec, pour me ravir. C’était un petit livre rouge mais d’un rouge fatigué – pour ça aussi je l’aimais bien – un rouge passé par la lumière le temps les mains aussi peut-être, un rouge s’abandonnant à l’orangé.
C’était Antonioni et c’était suffisant mais je ne l’aurais pas acheté, ce livre, s’il n’avait parlé du vide. Il y a des mots des sensations auxquelles j’appartiens. J’appartiens au vide. Il est de ces thèmes qui me sont incontournables, qui se manifestent à moi aux détours des heures, des silences, des images ou des mots. Ces thèmes qui se ravivent alors, s’agitent en moi, dans les pensées, en images, en sensations, en mots qu’il m’est souvent nécessaire d’exprimer. Des mots qui gardent le contour des heures, des silences, des images ou d’autres mots au détours desquelles ils sont nés, et teintent ces contours d’une couleur personnelle, de la couleur trouble de ce qui s’agite en soi. Lavis sur fusain. Nombreuses sont les influences que je décèle ici et là dans ces mots que j’écris. Comme des calques superposés formant le paysage du maintenant à partir de l’hier passé à travers moi, de moi passé à travers hier. Et je repense, tout à coup, à John Volstead*, cet homme qui n’a écrit qu’un seul roman, dont il arrachera et mangera ensuite les pages une à une, parce qu’il reconnaîtra dans chaque phrase l’origine de ses mots, une origine extérieure à lui – quel auteur, quel livre. Il mangera les pages une à une et ses gencives deviendront bleues.
Cela n’a rien à voir, mais le sourire de Juliette Binoche, c’est quelque chose de précieux.
* lire Corps volatils, de Jakuta Alikavazovic.
14:40 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture
10 février 2008
26. (les ailes du désir)
Plus je marche ainsi, dans la solitude de la nuit, et plus j’ai le sentiment d’atteindre les marges du monde, de n’en plus vraiment faire partie, d’en devenir un témoin plus qu’un acteur, un peu comme le son les anges de Wim Wenders dans les ailes du désir. C’est peut-être ce qu’ils perçoivent que je cherche à atteindre, à surprendre. L’intimité des autres, leur intimité avec eux-même, avec autrui, avec le monde. Que je cherche à surprendre et à pénétrer. Guettant l’ouverture d’une porte qui s’ouvrirait au creux d’un instant, au coin d’un regard.
12:05 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
08 février 2008
25. (le vide)
Le vide est en chacun de nous. On ne lui échappe pas. On l’oublie peut-être, ou bien on se refuse à le voir, ou encore, on ne sait pas mettre son visage sur notre présent. Pourtant il est là. Le vide est irréductible.
C’est peut-être l’inconscient de la répétition, le vide. Le passage incessant des jours, des images sous nos yeux, des mots entre nos lèvres. L’éternel retour de même histoires dont nous sommes tous les hôtes, des histoires qui surgissent ici ou là, prenant pour théâtre untel ou unetelle, à l’aube d’une chambre ou au crépuscule d’un café. Sur un trottoir. Dans les mots. Les regards inconnus qui se croisent. Les combinés téléphoniques.
Le vide, c’est peut-être l’ombre de la présence. Le rictus du hasard. Le calme de l’oubli. L’insoumission du sens, cet éternel absent, cet horizon fantasmé. La pesanteur indicible d’un ordre qu’on cherche à former mais qui ne peut prendre visage, s’évanouissant comme le mot sur le bout de la langue.
14:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime
07 février 2008
24. (convulsions feutrées)
Un nœud de couleuvres dans mon ventre. Cela rampe, cela grouille, cela s’agite en paquet. Ce sont des convulsions feutrées, comme deux amants dans une étreinte muette d’amour-haine, qui s’accrochent l’un à l’autre sans se laisser aimer, le souffle court, les yeux exorbités et la bouche obstinée dans le silence. Corps à corps. Dans mon ventre le serpent d’angoisse, épais jusqu’à m’étouffer, se retourne. C’est un enfant qui refuse de sortir, une peur agrippée à mes intestins, rivée à mon corps.
Les mots avortent, ils traversent le ciel de ma pensée comme des étoiles filantes. Même plus des mots. Des idées non formulées, ce qui vient avant les idées. Leur sensation dans tout mon être. L’haleine de souvenirs. Comme l’empreinte des ressentis physiques et psychologiques que ces idées ou ces vécus ont pu accumuler en moi lors de leur expression.
Angoisses, désirs, refus, élans, quêtes, solitudes, amours. Les mots, le corps, la chair, le temps, le repos, le sens, la mélancolie, le vide, la sérénité, l’apaisement, la fuite, le jeu, la frivolité, l’égarement.
16:06 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture
06 février 2008
23. (l'éveil)
Un jour, vivre simplement. Comment simplement? C’est peut-être vivre sans l’omniprésence de cet oeil sur ce qu’on vit, sans la pensée qui pense, c’est peut-être le sommeil de la conscience insomniaque.
Quoique, serais-je prêt à abandonner les blessures qui conduisent à l’éveil ? A enterrer les souffrances qui m’ouvrent à cette conscience par laquelle, aussi, je me sens vivant ?
16:28 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime
28 janvier 2008
22. (l'ailleurs se mêle à l'ici)
Dans la cour je m’arrête un instant, avancé jusqu’au muret, pour regarder le monde en contrebas. La gelée souligne de blanc la silhouette des feuilles, comme les visages dans le soleil. Dans le jardin en contrebas, un tonneau de métal gris est recouvert d’un carré de tôle ondulée. Un homme, parfois, y fait du feu. Tout est calme et désert ce matin. La brume envahit la ville, même les hauteurs. On ne distingue plus les barres qui dressent quotidiennement leur tristesse silencieuse sur l’horizon. Le brouillard est inséparable des nuages, et au travers, pâle, le soleil se devine.
Le givre est plus compact ce matin. Je dois gratter fort. La neige qui en résulte s’amasse au dessus de mon index. Je m’amuse à éprouver ce froid, une douleur bénigne. Par de rares endroits de jolis motifs dendritiques apparaissent sur les vitres. Une fille passe, au visage clair et à la chevelure lourde. Je regarde l’heure. Dans la régularité de mes gestes appliqués se glissent des pensées et des images, l’ailleurs se mêle à l’ici, le souvenir et le rêve à l’instant.
Et puis, la ventilation au maximum, je démarre, laissant tout s’envoler dans ce courrant d’air pas encore chaud, sans retenir ni les images ni les pensées, sinon l’étrange et merveilleux sourire de Jeanne Moreau.
16:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime
21 janvier 2008
19. (in and out)
Le soleil est revenu, turlututu. En arrivant sur le parking j'ai dérangé une pie. Elle s'est envolée d'une carcasse de lapin fraichement éventrée. Dans son bec un large morceau de chair brillait, rouge dans la lumière aux pâleurs d'aquarelle. Il y a des instants comme cela - dans le pare-brise l'immensité bleue du ciel, la lumière bruissante et calme comme un ruisseau, l'envol noir et blanc de la pie, et la vie rouge et morte soubressautant dans son bec - des instants où je me sens comme une feuille dans le moment d'un tourbillon, quand le vent les dérange*, que c'est signe d'orage.
* ces cinq derniers mots sont l'écho d'une chanson - j'ai un air sur le bout de la langue - mais il reste suspendu (dans l'éternité de la non présence, de la réalisation avortée)
11:50 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : journal intime
17 janvier 2008
18. (rouge)
Reviens, regarde, reste, rentre, le repas refroidit. Il entre, rêveur. Demeurent, rances, les rires rouges de la rencontre, les rêves rauques des récréations, les râles revêches de leur ruine. La route rétrécit en ruelle. Rien ne reste à refaire. Rien n'est reprisable. Rouille en rumeur. Robe de rage. Rose... réveille toi... nos ronces resteront les reines de nos rails... notre royaume un rasoir... renions nos rives... régurgitons nos rêves... repousse moi.
14:03 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écriture
16 janvier 2008
17. (la ville, la nuit)
Dans la vitrine d’un restaurant désert et toutes lumières éteinte j’aperçois, posées sur l’intérieur des armatures métalliques entre les vitres, des bougies chauffe-plat restées allumées. Vestiges d’une animation dissoute dans les ténèbres et le silence.
14:04 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture
15 janvier 2008
16. Extrait de "clandestin", d'Eliette Abécassis
S e dépêcher de la connaître. La faire parler, alors, tout dire, afin de tout vivre pour dilater le temps, plutôt que paniquer en le voyant fuir. Vivre : parler et agir. Sans cesser de désespérer, exister.
14:53 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime
15. (Esther Kahn)
Quelque chose m’a touché dans le personnage d’Esther Kahn, j’en suis presque sûr, en voyant la pochette du DVD. J’ai du voir ce film en salle, c’était il y a longtemps déjà.
Maintenant je sais, je l’ai revu.
Esther n’éprouve rien. Elle est d’une froideur minérale. Elle est spectatrice. Imperméable au monde et aux affects. Le film est le récit de son ouverture. Ouverture dans laquelle la vie s’engouffre de toute sa rugosité, la laissant plus à vif que les morceaux de verre qu’elle peut broyer dans sa bouche, la laissant dans l’incrédulité qu’on puisse éprouver comme cela toujours, parce que ça fait trop mal, ça fait si mal.
C’est sans doute l’Esther « aux yeux de génisse » qui m’a touché. Ce regard qui ne s’échappe pas vers le monde, un regard de bête. Je me suis sans nul doute identifié à elle dans son mutisme, dans son regard surpris, dans son inadéquation avec les autres. Hier.
Aujourd’hui, elle me touche encore plus, je crois. J’ai le sentiment de faire le chemin inverse au sien. Quelque chose en moi c’est brisé un jour, il me semble. Comme les moustaches brûlées d’un chat. Ma sensibilité au monde se transforme. Elle gagne en détachement, et par là, en froideur, en inertie affective, en engourdissement. Ce qui pour moi engendre à la fois un soulagement, une appréhension, et une culpabilité.
Esther Kahn, en tant que film, ne correspond pas particulièrement à ce que j’aime le plus. Le personnage me touche, lui, certainement. Alors que le film, sans me déplaire, ne me conquiert pas totalement non plus. J’imagine que cela est en rapport avec un manque de simplicité que je perçois vaguement.
Ce que le film dit du travail du comédien est intéressant aussi. Nathan explique à Esther que chacun de ses pas doit être plus extraordinaire que le précédent, et animé par des sentiments intérieurs manifestes, sans être nécessairement transparents.
L’impossibilité de jouer ce que l’on n’a pas éprouvé me renvoie à l’étroitesse du champs accessible à mon écriture, du fait d’un certain retrait dans lequel j’ai été - puis me suis - si longtemps tenu.
De même que l’action au théâtre doit contenir un quelque chose de plus que bouger - de même que parler n’est pas simplement remuer les lèvres et la langue -, l’écriture qui transporte quelque chose est sans doute celle qui contient ce quelque chose de plus que de simples mots.
Le rôle initiatique primordial que joue la confrontation d’Esther à la cruauté, à l’intelligence perverse de Philippe : revenir sur ce que cela rencontre en moi.
14:44 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, écriture, réflexions
14 janvier 2008
14. (Lisa Bresner)
Lisa Bresner a mis fin à ses jours. C’était il y a quelques mois. Je viens de le lire. J’allais vers elle, là, il y a un instant, je cherchais à retrouver l’adresse de son site, parce que son souvenir m’a traversé il y a quelques jours. Google. Des lignes s’ensuivent, avec partout partout la fin, la disparition, la mort.
Cette nouvelle m’affecte plus que j’aurais pu le croire. Peut-être parce que j’allais vers elle, alors. Elle m’affecte ? mais je tremble pourtant, et des frissons me parcourent la colonne vertébrale. Glissent sur mon crâne.
Lisa Bresner a mis fin à ses jours. C’était le 28 juillet 2007.
A quoi ressemblait le 28 juillet 2007.
Un jour, je ne connaissais pas Lisa Bresner. J’ai entendu sa voix à la radio, ses mots. Quelque chose m’a conquis. J’ai cherché un livre. J’ai trouvé « le sculpteur de femmes ». Ensuite, j’ai lu « Vingt-trois délices ».
Lorsque je suis tombé sur son site, j’ai été séduit une nouvelle fois. Par quoi ? Je n’arrive plus à éclaircir cela. Le site n’est plus accessible. Ma mémoire non plus.
J’avais trouvé une adresse. Electronique. J’avais écrit une lettre. L’avais-je écrite ? L’ai-je rêvée ? J’avais écrit une lettre, de cela je suis presque sûr. Une lettre tombée dans le silence. Je l’avais envoyée, mais -- ma démarche est étrange, rien que ça, déjà -- elle fût sans échos.
Lisa Bresner, s’est donnée la mort, elle avait 35 ans.
18:19 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime
13. (l'immuable)
Le même regard. Le même émerveillement humide face à la nuit. La même contemplation fascinée des étoiles. La même façon de recevoir l’image du monde, de percevoir la chair du monde. La même chose avec les gens. Les amours. Les amitiés. La même chose. Vraiment ? Mais là, n’est-il pas possible de changer quelque chose, justement ? De le changer comment ?
15:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture
21 décembre 2007
12. Le vent soulève sa robe
Dans « jeune fille » de Nikos Gavriil Pendzikis (nouvelle extraite de Arrêts sur image - nouvelles grecques - Hatier (confluences))
(le vent soulève sa robe, il écrit:)
« la robe s’emplit d’oiseaux »
00:45 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écriture
10 décembre 2007
11. Fascination
La fascination. C'est comme l'empreinte que laissent les animaux parfois. Les étroits sentiers dans les bois. Ou ce sentier que le chien laissait dans la pelouse parce qu'il passait toujours au même endroit quand il faisait le tour de la maison, toujours au même endroit. La fascination, c'est ce passage de la pensée, toujours au même endroit. Une empreinte qui se creuse et qu'il est plus difficile de quitter, à la suite de chaque passage. Le fascination est une ornière.
15:01 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : écriture
06 décembre 2007
9. (Intrusion et silence)
Un type, la soixantaine, tordu comme un pin maritime, débarque en soufflant comme un phoque à ma table de BM*. Cuir noir et jeans bleu marine. Teint gris. Une odeur de tabac refroidi qui le devance. Il ne cesse d’ouvrir et de fermer la bouche. On dirait qu’il étouffe et ronfle en même temps, dans une crise d’épilepsie qui s’attarderait à venir. Dans les bras, doucement serré comme un trésor, un album de XIII, qu’il lit tranquillement, la tête appuyée sur sa main gauche maintenue elle-même par le coude reposant lui-même sur le plateau de la table. Chapeau (entre nous puis sur la tête: il se lève). Il boite, en fait, ce qui le fait se pencher périodiquement en arrière, le corps un peu tordu. Trois fois (!!!) il m’a interrompu pour me dire :
- court, fort et bien serré... c’est difficile. [Mienne perplexité] Difficile de courir quand on est serré. Enfin, faut être fort pour ça ! (et il a un rire toussif et poussé, presque éteint)
(5 minutes plus tard...)
- courir fort, pour aller vers une fille comme ça (il me désigne une pin-up sur une planche de son XIII), remarquez, on le ferait tous ! (re-rire, qui me rapelle cette fois un extincteur quasi-vide). Et sa robe est bien serrée ! (grognement aspiré et indescriptible)
[mien sourire, doux et doucement hypocrite: il commence à me courrir...]
(30 secondes plus tard...) - faudrait que toutes les jeunes filles ici portent le chador, alors ça, c’est serré psychologiquement!
[Cette fois je dois faire une grimace, je pense il me saoûle grave, je pense il relance parce qu'il sent qu'il dérange il veut pas rester là-dessus, je pense souris ça coute rien ça lui fera plaisir, je pense il me saoûle quand même, je pense: et toi qui soupire face au manque de communication spontanée des gens... ben t'es servi... alors?]
* Bibliothèque Municipale. Médiathèque en fait. (LÂ Médiathèque)
00:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture
03 décembre 2007
8. (la robe dorée)
Par ma fenêtre, je vois un arbre encore feuillu mais avec un tapis de feuilles mortes à ses pieds. Un tapis doré. On dirait un vêtement glissé aux pieds d’une femme.
16:49 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : écriture, journal intime
7. (La belle noiseuse)
J'ai regardé "La belle noiseuse", de Rivette. J'ai quelque part courrant à fleur de chair encore le bruissement de la plume qui gratte sur le papier. Comme un frisson rauque, une démangeaison sèche. On s'attend parfois à voir le papier se déchirer mais ça ne se déchire pas. Ça prend forme. Le corps prend forme dans les coulures d'encre et les trais appuyés mais secs. J'ai le bruit de fusain et des cigales et le silence éloquant du corps nu d'Emanuelle Béart aux yeux grands ouverts.
"ce n'est pas la nudité qui est obscène, c'est autre chose"
Aucun personnage n'est totalement attachant dans ce film. Le peintre est si égoïste sous l'emprise de sa création, Marianne (le modèle) est un personnage qui trouve son chemin par la hargne, la femme du peintre a quelque chose de morbide, et Nicolas est assez lamentable dans sa façon de donner Marianne au peintre puis de ne pas se débattre tout en se morfondant. Quant à l'ami entremetteur, il n'attire pas non plus toute notre sympathie. Pourtant ils me plaisent, chacun. Ils illustrent pour moi la sorte de profondeur dangereuse et mole à laquelle conduit l'intériorité, la pensée intérieure. Les personnages s'enfoncent dans des directions que d'autres n'auraient fait qu'effleurer. Mais ces personnages là sont éminemment verticaux. Eminemment seuls. Ils se regardent avancer vers leurs actes avec quelque chose de froid.
Ce qui brûle Marianne dans ce tableau, c'est -- semble-t-il -- sa propre froideur qu'a captée le peintre. Cette froideur, c'est peut-être celle de la pensée. Ou bien, celle du durcissement qu'implique en soi la réalisation d'un devenir.
14:48 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, journal intime
28 novembre 2007
6. (la désenchantée)
Je regarde La désenchantée de Benoît Jacquot. La mère alitée, qui semble absente de tout. Et qui demande à sa fille de se vendre à l’oncle. « J’ai fait bien pire pour toi et ton frère » puis « tu n’es plus une petite fille maintenant ». Et Beth (la fille) lui demande en réponse : « et toi, qu’est-ce que tu n’est plus ?». Je pense : elle n’est plus rien. Et puis, elle n’est plus tout.
C’est étrange cette formule « n’être plus rien ». On devrait dire : n’être plus que rien. Ou n’être plus quelque chose. Non ?
Plus loin : « Quand on creuse la pensée on trouve toujours le froid, à une certaine profondeur. Et le froid, on l’appelle cruauté. »
Lorsque j’essaie de creuser la pensée, il m’arrive souvent d’éprouver cette cruauté dont parle le film. Parfois, c’en est même presque une jubilation. De parvenir à regarder certaines réalités qui nous brûlent. Comme si l’on pénétrait notre Labyrinthe, à l’entrée duquel un Minotaure se débattrait vainement dans les invisibles chaînes de notre volonté.
23:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, journal intime, écriture


